mardi 8 mai 2012

Ecrit par Mer Hubert VILLARME (2ème partie)

Autres figures  du pays, les frères Giraud, François et Charles qui travaillaient dimanches et fêtes, s’occupant de leurs terres, élevant un cheptel de moutons ainsi que de nombreuses volailles. François se chargeait du ménage et de la vente du lait aux particuliers.

Les cultivateurs étaient nombreux. Les surfaces exploitées en labour étaient de taille moyenne. Les fermes les plus importantes étaient la Motte, Les Fouineaux, Ferrière, L’Hérault, Ferme de Châtre, La Preugne, des fermes éloignées comme Les Dollins,   Le Corbilly.

La vie  s’organisait en fonction des saisons. Il y avait beaucoup de domestiques de ferme, en plus des journaliers, vachers, bergers, bonnes de ferme… La louée se faisait deux fois par an à la Saint Jean et à la Saint Michel. La rémunération que leur employeur leur donnait était en général pour six mois;

Le personnel était nourri et couché. Les hommes dormaient à l’écurie avec les chevaux. Par la suite, des chambres séparées des bêtes avec douches dans le meilleur des cas furent obligatoires.

Le soir, c’était une volée de jeunes venus se distraire dans les bistrots de Sassierges, moins l’hiver que l’été car à la belle saison, sous un bon soleil, se déroulaient des courses de vélos amateurs. Les restaurants faisaient bal. Chez l’un d’eux il y avait un grand phonographe doté d’un énorme pavillon en cuivre et laiton; un limonaire chez  un autre. Et ça ne chômait pas. C’était les chansons de l’époque. Nous dansions au son de l’accordéon. Nos anciens nous apprenaient à danser la bourrée, la sabotée et j’en passe, mais quel enthousiasme! Tous en redemandaient. On aimait la cornemuse et la vièle qui allaient mieux avec ce genre de danse.

Nous avions droit aussi à la visite des gendarmes montés sur des petits chevaux. Gare aux bistrots qui ne respectaient pas l’heure de la fermeture. Il fallait une autorisation pour continuer la fête dans la nuit.    

Les mariages étaient des événements très importants et très attendus. Les voisines chuchotaient beaucoup à propos des fréquentations entre jeunes. Qui fréquentait qui? Ce genre de sujet entretenait les conversations jusqu’au jour des fiançailles eux qui ne pouvaient pas v. Lors des mariages, l’église était pleine. Ceux qui ne pouvaient pas entrer, attendaient sur la place la sortie du cortège.  

En tête, la mariée au bras de son père gagnait la mairie. Nous admirions sa belle robe et sa couronne. Une mère envoyait un de ses enfants l’embrasser. La mariée lui remettait alors un pain, béni  pour la circonstance.

Puis, le passage devant monsieur le Maire… Les plaisanteries ne manquaient pas. Après les félicitations du maire, nous quittions la mairie pour assister à l’office religieux. Le prêtre bénissait les nouveaux mariés après un sermon traditionnel. Suivaient l’échange des alliances et la bénédiction des fidèles. Nous nous rendions alors à la sacristie pour les signatures. Un gâteau était offert à monsieur le curé.              
   
A la sortie de l’église, les cloches sonnaient à toute volée. Les mariés étaient bombardés de pièces de monnaie, de confettis, parfois de riz.
         La noce se dirigeait vers un restaurant qui servait la galette traditionnelle accompagnée de vin blanc ou d’un petit gris en attendant le repas du soir. On dansait au son de la cornemuse, de vièle, ou de violon et de l’accordéon.
Le repas démarrait  tard, rarement avant 10 heures du soir ( heure solaire). Nous restions à table jusqu’à une heure avancée de la nuit. Chacun y allait de sa chanson reprise en chœur et l’on dansait jusqu’à l’aube.
On s’interrogeait sur les mariés qui s’étaient éclipsés car il fallait préparer la rôtie (soupe à l’oignon avec du pain grillé). On la servait dans un pot de chambre au fond duquel apparaissait un œil inquisiteur.
La fête reprenait au repas de midi. On brûlait les chapeaux de la belle– mère sur un feu de fagots autour duquel on dansait et chantait.
Mais, à l’extérieur, les nouvelles devenaient de plus en plus préoccupantes de 1933 à 1938. on parlait d’un certain HITLER qui soulevait des foules énormes en Allemagne, de l’échec de a république de Weimar. Les bruits de bottes annonçant la guerre s’intensifiaient.
Hitler voulait la revanche de son pays sur la défaite  de 1914/1918. Il refusait le traité de Versailles signé en 1919 ( le 28 juin).
En 1936 l’Allemagne occupe militairement la Rhénanie; l’Autriche lui est rattachée constituant ainsi les forces de l’ axe.
En 1938, la France entre en scène aux côtés de l’Angleterre dans les accords de Munich signés par Mr DALADIER et  Mr  CHAMBERLAIN.
Un autre  accord intervient entre les soviétiques et l’Allemagne en août 1939.
Le 1er septembre 1939, les troupes allemandes entrent en Pologne. Le 3 septembre 1939, la France et la Grande Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne.
Nous pensions que cette nouvelle guerre serait brève. Nos dirigeants nous assuraient que nous étions les plus forts puisque nous possédions l’acier et a ligne Maginot ! Nos armées étaient commandées par les généraux GAMELIN et WEYGAND.

Les événements se succèdent rapidement et bouleversent  la stratégie des alliés. En mars 1940 la Finlande capitule; en avril les allemands occupent le Danemark et la Norvège

Puis  à partir du 10 mai 1940 ils déclenchent une offensive sur la Belgique et le  Luxembourg puis sur toute la France. Le front est rompu dès le 13 mai et le nord de notre pays est entièrement contrôlé par l’ennemi.

         Alors, ce fut l’exode. Sassierges a vu comme beaucoup d’autres communes des défilés incessants de réfugiés en charrettes tirées par des chevaux, remplies de meubles et d’objets divers avec des matelas sur le dessus pour se protéger des tirs des stukas ( abréviation du mot allemand «  SturzKampfflugzeug » soit en français « bombardier en piqué ». Les bords des routes étaient encombrés d’automobiles, de motos et d’engins de toute sorte immobilisés par manque d’essence. Dans ce cahot des éléments de notre armée en repli tentaient de se frayer un passage et même de se regrouper. Des officiers trouvaient refuge chez l’habitant pour la nuit. Ce fut le cas chez mes parents.

Chez nous, le maire et l’instituteur firent beaucoup pour venir en aide à ces pauvres gens qui couchaient à même le sol dans des écoles réquisitionnées. Les vagues de réfugiés se succédaient sans cesse.

La forêt domaniale était remplie de camions militaires, d’armes lourdes et légères, de pièces d’artillerie, mais c’étaient toujours pour fuir l’ennemi et gagner le sud;

Il y avait parfois des frictions entre militaires et civils. Nos anciens combattants avaient honte d’un tel désastre. Nous étions désespérés.

On  disait qu’une bataille aurait lieu au sud de la Loire

Pendant ce temps à Châteauroux, rempli de soldats très excités, une lettre de mon frère me parvint. Il me fixait une date approximative pour le rencontrer. Je l’ai vu sur le parvis de l’église Saint-André au milieu d’une foule de soldats et de matériel hétéroclite Il devait rejoindre avec sa compagnie une caserne à Montluçon. De là, ne recevant que des ordres contradictoires, s’ils n’étaient pas absents et talonnés par les allemands, il décida de partir la nuit avec sa compagnie, ce qui leur évita d’être fait prisonniers quarante huit heures plus tard.

Je me trouvais à Châteauroux devant l’hôtel du Faisan, place de la gare quand j’ai vu arriver les premiers allemands. Nous étions ébahis de constater leur grande discipline et la qualité de leur tenue: Quel contraste avec notre pauvre armée en déroute!


Depuis 1938 je restais à demeure à Sassierges. J’avais pris l’habitude de
capter certaines stations de radio étrangères pour compléter nos informations
avec les leurs. Pour ce faire j’avais ajouté un cadre au poste de mes parents.
Je pouvais notamment recevoir la BBC (British Broadcasting Corporation)
d’ailleurs brouillée par les allemands et radio-Stuttgart où sévissait un collabo

du nom de Ferdonnet et qui prétendait avoir des amis à Châteauroux.

Le 18 juin 1940 nous avons entendu venant de Londres une voix jusqu’alors

inconnue. L’appel lancé par le Général de Gaulle nous a bouleversé et nous

avons pleuré, ma mère et moi.

Monsieur Ringuet, l’instituteur, venait se joindre à nous aux heures d’écoute.